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À Bobigny, deux heures d’audience et des « punitions quasi collectives »

il y a 12 heures
3 min de lecture

Après les violences du 17 octobre, quatre jeunes comparaissent dans un tribunal débordé. Au terme d’une audience menée au pas de charge, les juges ont écarté l’incarcération réclamée contre tous par le parquet.    

                         

Gérald Darmanin réclame une justice « impitoyable » après les violences et pillages en marge des manifestations contre la vie chère du 17 octobre. À Bobigny, les comparutions immédiates s’enchaînent dans un tribunal saturé. Quatre jeunes, deux heures d’audience : leurs défenseurs dénoncent une justice expéditive et collective. Le parquet demandera l’incarcération des quatre.


À la 18e chambre bis, ce 21 octobre, l’audience accuse une heure de retard. Les avocats attendent au dépôt : les box ne suffisent pas pour qu’ils puissent s’entretenir avec leurs clients. Deux dossiers sont remis à plus tard, faute de défenseur présent. Sur les bancs, des visages cernés, des jambes qui frappent nerveusement le sol. Les jeunes entrent menottés derrière la vitre. « Tu prendras soin de maman. » « T’en fais pas, ça va aller. » Nouvelle suspension.


Le matin même, quatre avocats mandatés par la bâtonnière ont visité le dépôt. Leur rapport, consulté par l’Humanité, décrit des mineurs sans matelas, des bouteilles d’urine dans les cellules. Trois jeunes au moins tremblent de froid. Le personnel annonce dix matelas disponibles ; la veille, 86 personnes étaient détenues au dépôt.


À 14 h 16, Mohamed, Ismaël, Youssef et Ali prennent place. Le président débite les faits à toute vitesse. En deux heures doivent tenir leurs interrogatoires, l’examen de leurs parcours, un incident de procédure, les réquisitions et quatre plaidoiries. Tous sont poursuivis pour participation à un groupement en vue de préparer des violences ou des dégradations, et pour recel. Deux d’entre eux doivent aussi répondre du refus de communiquer le code de leur téléphone.



Une voiture, quatre responsabilités


Ils ont été interpellés dans une voiture près du centre commercial O’Parinor, à Aulnay-sous-Bois. Dans le coffre, des vêtements Kenzo et un sac Lacoste dont la provenance est débattue. Au retour de Paris, racontent-ils, Youssef a reçu l’appel d’un ami blessé. Il est descendu avec Ismaël pour le chercher. Ali et Mohamed sont restés dans le véhicule. Les deux autres sont revenus en courant après avoir aperçu la police.


Pour le procureur, les indices s’assemblent : deux hommes encagoulés approchent d’un centre commercial déjà visé, fuient et rejoignent un véhicule contenant des biens suspects. Mais comment établir la responsabilité de chacun ? Une condamnation du 7 avril 2026 est invoquée pour retenir la récidive de Mohamed. Le président la cherche. Elle ne figure pas au dossier, souligne la défense. Un rapport de la police municipale manque aussi. Les poursuites portent sur le 18 octobre, quand la scène se déroule le 19, vers 3 heures du matin.



Quatre parcours en trente minutes


Travail, revenus, famille, casier : les situations personnelles sont examinées en une trentaine de minutes. Ismaël est en CDI. « Je devais travailler aujourd’hui. » Il contribue à l’entretien de son fils. Ali prépare un BTS. Mohamed a déjà indiqué être le troisième de sa fratrie quand le président lui demande s’il est l’aîné. « Je suis le troisième », répète-t-il. Youssef rectifie aussi : son CAP, il l’a bien obtenu.


Le parquet réclame l’incarcération immédiate des quatre jeunes. Ni le CDI d’Ismaël, ni les études d’Ali, ni le fait que deux prévenus soient restés dans la voiture ne l’amènent à renoncer à la prison ferme. Des réquisitions dans la droite ligne de la sévérité exigée par Darmanin. La défense de Mohamed proteste : le raisonnement sur la culpabilité « se référait à quatre individus ». Quels actes sont précisément imputés à son client ? Comment établir qu’il connaissait le contenu du coffre ?


Pendant une pause, l’avocat Yannis Benrabah fustige des « punitions quasi collectives », des réquisitions « absolument décorrélées de la personnalité des quatre jeunes hommes ». Il conteste le lien entre les pillages parisiens et la scène d’Aulnay : « Le risque, avec ce type de méthode, c’est de condamner quelqu’un sur une hypothèse. »


Le tribunal écartera l’incarcération demandée. Mohamed, Ismaël et Youssef sont condamnés à huit mois d’emprisonnement, Ali à dix mois, intégralement assortis d’un sursis probatoire de deux ans. Tous sont reconnus coupables de participation à un groupement. Seul Ali est condamné pour recel ; les trois autres sont relaxés de ce chef.


 
 
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